Ce qu'il faut conclure de ce billet : les expériences de "sortie hors du corps", comme d'autres expériences dont témoignent les personnes ayant frôlé la mort, ne sont pas des affabulations. Elles nous éclairent sur un fonctionnement méconnu du cerveau, qui crée en permanence une représentation du "soi" au sein du "monde". Si cette représentation est la seule accessible à la conscience, nous nous voyons "du dehors".

Ce qu'il ne surtout pas conclure de ce billet : les sorties du corps sont réelles.


 

Oui, on peut réellement faire des expériences de sortie du corps. Je vais même tenter de vous le prouver.

Fermez les yeux.

Non, pas tout de suite, il faut lire le paragraphe qui suit avant.

Donc, lorsque vous fermerez les yeux, essayez de vous souvenir de ce que vous faisiez ce matin, au moment où vous preniez votre petit déjeuner. Si vous êtes en train de prendre votre petit déjeuner, pensez à celui d'hier (et si vous ne prenez jamais de petit déjeuner, vous devriez, tous les nutritionnistes sont formels). Prenez tout le temps qu'il faut pour vous souvenir du maximum de détail. Pensez notamment à la façon vous étiez habillé (ou pas), à ce que vous mangiez, aux lumières qui étaient allumées (ou non)... puis figez l'image dans votre cerveau.

Allez-y, faites l'essai, puis lisez la suite.


Je ne sais pas qui vous êtes, ce que vous mangez ni dans quelle tenue, mais je pense pouvoir deviner une chose. Vous avez bien l'image en mémoire ? Rien ne vous étonne ?

Même pas le faite que vous vous voyiez ?

Je dirais même que vous vous voyez vraisemblablement de trois-quarts, comme un observateur légèrement surélevé aurais pu le faire. Oui, un observateur extérieur. Pourtant, c'est votre souvenir, et vous auriez dû voir ce que vous aviez sous les yeux ce matin : une table, un bol, deux mains... Vous venez de faire une expérience de sortie du corps. Le premier pas du grand voyage astral.

Déçu(e) ? c'est un peu léger comme "sortie hors du corps" ? Pourtant c'est bien la même chose.

Votre cerveau analyse en permanence l'ensemble des informations que lui fournissent nos sens (pas seulement la vue, mais aussi l'ensemble des sens qui nous permettent de connaître la position de chacun de nos membres les uns par rapport aux autres, de notre corps par rapport à la verticale... si vous pensez que nous n'avons que 5 sens, je vous conseille cette vidéo).

En intégrant ces données, il construit une vision d'ensemble de votre environnement et de votre corps, et vous vous imaginez en permanence en train de vivre. Et c'est cette reconstruction qu'enregistre votre mémoire.

Les expériences de sortie hors du corps (les vraies, celles où le sujet est persuadé que son âme a quitté son corps pour flotter dans la pièce), sont liées à ce phénomène. Cette représentation intégrée arrive bien à votre mémoire, mais pour des raisons diverses, vous n'avez pas conscience de ce que vous disent vos sens. Vous (=votre conscience) n'avez pas d'accès direct à vos sens, mais uniquement un accès indirect via cette représentation globale.

Vous sentez...
mais vous ne sentez pas que vous sentez...
mais vous intégrez bien tout ce que sentent vos sens...

Perdu, le cerveau reconstruit la représentation la plus logique compte tenu des informations disponibles : vous vous voyez de l'extérieur.

Ce phénomène peut apparaître dans différents cas : anesthésie, épilepsie, traumatisme, lésion cérébrale, réveil difficile1 ou méditation.

Il est même possible d'induire ce phénomène par des stimulations électriques bien précises (sur la jonction temporo-pariétale droite, c'est à dire à peu près derrière l'oreille droite).

Si quelqu'un raconte que dans la salle d'opération, il flottait au plafond et voyait tout ce qui se passait, il ne ment probablement pas. Son cerveau a réellement vécu cela. Les expériences de sortie du corps (OBE - Out of Body Experience pour faire chic) existent bien, et reposent sur des mécanismes matériels. Oui, matériel, c'est important. Car
1) cela ne prouve pas l'immatérialité de l'âme. Le fait de se voir de l'extérieur ne prouve pas que l'on soit sorti, mais prouve que l'on est capable de construire une représentation de soi au sein du monde extérieur - comme tout à l'heure, dans l'exercice du petit déjeuner. On garde bien un substrat matériel pour nos pensée.
2) cela ne prouve pas non plus la matérialité de l'âme, d'ailleurs, puisque les phénomènes en questions influent sur notre représentation du monde, et non sur notre conscience globale - lors d'une expérience hors du corps, le sujet reste conscient, a accès à ses souvenirs, sa personnalité, son sens moral, ses préférences, son amour ou non pour les chats... si l'âme est un peu tout ça (c'est possible, je vous laisse prendre la définition qui vous arrange), alors l'âme persiste malgré ce dysfonctionnement temporaire de la matière. Ce qui n'est pas le cas de toutes les atteintes.

 

1 : Vous apprendrez, sans doute avec joie, qu'il est possible d'être réveillé sans l'être tout à fait. On peut dire "en phase de réveil", mais le terme techniques est "en phase Hypnopompique". J'adore ce mot. Il y a aussi la phase Hypnagogique, pour le moment de l'endormissement, mais je en sais pas pourquoi, je trouve cela moins beau.