Ce qu'il faut conclure de ce billet : Notre vieillissement découle de mécanismes cellulaires qui rendent notre organisme de moins en moins capable de se réparer. Mais il existe bien, sur terre, des formes de vie dotée d'une jeunesse éternelle.

Ce qu'il ne faut surtout pas conclure de ce billet : La science nous rendra immortelle demain. Mangeons des méduses en salade.

 

L'immortalité n'est pas l'apanage du divin.

Ou alors, il faudra vouer un culte à la méduse Turritopsis Nitricula. Mais pas seulement. L'hydre est à peu près dans le même cas (pas de sénescence).

Si la jeunesse éternelle de ces bestioles (elles peuvent mourir donc, mais pas de vieillesse) est exceptionnelle pour un animal, l'éternité semble à portée d'autres organismes. Certains pratiquent une autre forme de jeunesse éternelle : le rejet.

De nombreux végétaux peuvent se multiplier sans sexualité par rejet, une nouvelle pousse issue des racines. Techniquement, rien ne permet de dire qu'il s'agit de deux individus : tous deux restent rattaché au même réseau de racine et s'en partagent les ressources, seule la partie aérienne peut faire penser à deux individus. Si vous avez déjà essayé de vous débarrasser d'orties, vous avez une petite idée de leur "immortalité".

De la même façon, lorsqu'un arbre tombe mais conserve une partie de ses racines, il est fréquent que des repousses jaillisse du tronc. Toutes ces repoussent forment-ils des individus distincts ? un même individus ?

Il en va de même pour un individu champignon. L'individu, c'est l'immense réseau de mycélium qui se trouve dans le sol. Les trucs qu'on mange, ce ne sont que des appendices de ce réseau, servant à disséminer les spores dans le vent (à se reproduire, quoi). Le champignon (au sens culinaire) périt assez vite, mais le mycélium, lui, ne vieillit pas. On a ainsi identifié un individu dont l’âge est estimé entre 2 000 et 8 000 ans (et qui couvre la bagatelle de 965 ha).

Ces formes d'immortalité ne sont pas accessibles aux êtres humains, mais il faut bien comprendre que le vieillissement et la mort, s'il sont le destin commun des humains, n'est pas le lot de tous les animaux, encore moins de tous les êtres vivants.

En clair, un être vivant immortelle, c'est non seulement concevable, mais ça existe.

La question peut alors être : pourquoi vieillissons nous ?

Si vous avez plus de 5 minutes, vous pouvez lire cet excellent billet. Sinon, voici une sommaire présentation du cadre théorique actuel expliquant le vieillissement, au niveau  cellulaire.

 

- qu'est-ce qui fait vieillir une cellule ?

L'activité normale d'une cellule somatique (la cellule de n'importe quel organe) consomme de l'énergie. La production de cette énergie, à partir du sucre, produit des substances chimiques appelées "dérivés réactifs de l'oxygène", qui ont une fâcheuse tendance à oxyder tout ce qu'elles croisent. Notre organisme produit des enzymes pour s'en débarrasser, mais certains ont le temps de réagir avec les parois ou avec l'ADN de ces cellules. L'accumulation d'agression sur l'ADN, dont la réparation n'est pas efficaces à 100%, aboutit progressivement à une dégradation du fonctionnement de la cellule. Des systèmes de "contrôle" amènent les cellules trop endommagées à l'autodestruction.

A ces sources internes de vieillissement s'ajoutent les sources externes : rayonnement (UV, X), polluants chimiques, peuvent provoquer des dommages aux cellules (soit directement, soit en créant les mêmes substances chimiques réactives).

 

- qu'est-ce qui fait vieillir une lignée cellulaire ?

Il existe un autre mécanisme, qui affecte non plus les cellules individuellement mais les lignées de cellules. A chaque division, les cellules produisent une copie de leur ADN. Les mécanismes à l'œuvre sont trop complexes pour être décrit ici, mais on peut se représenter un "machinerie moléculaire" posée sur l'ADN, qui la parcourt pour la copier. Malheureusement, cette machinerie ne peut pas lire tout l'ADN : l'extrémité du brin d'ADN n'est pas copié. Nos fragments d'ADN contiennent à leur extrémité des "télomères". Il s'agit de zone a priori non codante (qui ne servent pas à produire des protéines), qui permettre entre autre aux cellules de faire la différence entre une cassure d'ADN et la fin "normale" d'un fragment d'ADN (un cassure déclenchera divers mécanismes de réparation, une fin normale sera ignorée). Ces télomères contiennent un séquence répétée de nombreuses fois (quelques centaines à la naissance). Mais à chaque division cellulaire, le bout n'est pas copié, et le télomère raccourcit : la cellule fille est identique à la cellule mère à l'exception de ses télomère plus courts (et des éventuelles erreurs de copie, rien n'est parfait). Il arrive un stade où le télomère devient trop court, et la cellule devient incapable de se diviser (elle s'autodétruit d'ailleurs, car un télomère trop court est traité comme une cassure d'ADN irréparable). Une lignée cellulaire normale ne peut donc se diviser qu'un certain nombre de fois. Et comme les cellules disparaissent petit à petit (par le phénomène de vieillissement précédent, mais aussi du fait des infections, inflammations, blessures...), l'organismes devient moins capable de se réparer. On vieillit.

Certaines cellules toutefois produisent une enzyme qui rallonge les télomères à l'issue de la division : il s'agit des cellules germinales (celles qui fabriques les ovules et les spermatozoïdes), ce qui permet à la lignée animale de ne pas vieillir.